Équinoxe de printemps 2026
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Le dikr est un kata et le kata est un dikr. La compréhension du travail et le travail bien fait, permettent « d’entrer dans la transe » et ouvrent à l’adepte une nouvelle perception. Celle-ci coïncide avec la mise en acte de sens suprasensibles, où ce qui est vu et entendu l’est, grâce aux organes de lumière « les icônes bienveillantes », que le pratiquant a su développer par son amour et son engagement ; car seul l’amour libère l’homme de ses ombres et seul l’engagement ouvre les écluses de l’amour.
Alors comme les saumons remontent à la source, tous les attributs de l’être reviennent au nom divin inscrit dans leur cœur. Les ombres qui divisent la lumière se dissipent, et l’astre brille en son centre. Le flamboiement de la transe et de l’ardent désir fait sortir le cristal très pur de sa gangue. C’est la sortie de la caverne, et l’œil voit et l’oreille entend ce qu’aucun œil et aucune oreille n’ont jamais vu et entendu auparavant.
Le disciple Youssef demanda à son maître Abdelrahim ben Moussa : « à quoi sert de polir sans cesse le miroir, Maître ? »
Celui-ci répondit :
« Imagine qu’un homme se regarde dans une gouille d’eau claire et qu’en amont quelqu’un déverse un bidon de mazout dans le courant : l’eau va se teinter de couleurs diverses et en contrebas le visage de l’homme apparaîtra tout irisé. Lorsque l’âme est emplie de désirs c’est de cette manière que son miroir nous renvoie notre image.
Imagine maintenant un deuxième homme avec la même intention que le premier, qui se regarde dans cette même gouille dont l’eau est devenue stagnante et envahie par les algues, faute d’un courant suffisant. C’est ainsi que fonctionne le miroir de l’âme lorsque la paresse le voile !
Le troisième homme, au contraire de ce dernier, est confronté à une surface liquide bouillonnante, car les eaux qui descendent de la montagne ont rompu les écluses et ravagent tout sur leur passage. Le miroir de l’âme est alors semblable à cette turbulence lorsque la colère l’envahit.
Le quatrième homme, lorsqu’il arrive à la gouille pour contempler son visage, découvre que celle-ci est gelée. Ainsi est le miroir de l’âme lorsque l’orgueil s’empare de notre cœur.
Le cinquième homme découvre avec surprise que l’eau a disparu dans la gouille et que quelques maigres filets, insuffisants pour recevoir un visage s’échappent encore par des fissures dans le sol asséché. Ce miroir de l’âme est celui du doute, lorsque l’incapacité à faire confiance et à dire oui dominent en nous et atténuent considérablement la fraîcheur et la créativité de notre cœur.
Ces cinq situations représentent les cinq obstacles sur la voie.
Le maître a pour responsabilité de nettoyer le mieux possible son propre miroir, pour permettre au disciple de se voir tel qu’il est. Ainsi quand le disciple regarde le maître il se voit tantôt désirant, en colère, fainéant, orgueilleux, méfiant et il peut alors rectifier pour réaliser l’harmonie. Le maître, à son tour, rectifie avec joie en regardant son disciple, dont le miroir lui renvoie sa propre image encore imparfaite.
Les deux grandissent ensemble vers la perfection du Gojô en transformant les cinq obstacles en cinq vertus : la chaleur du cœur, la justice, l’estime respectueuse, la connaissance du ciel et de la terre, la confiance empreinte de fidélité.

Ôde à la chaumière |
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Nichée sous la Tatie et au Pieds du Mulet Lentement elle nous berce au son des peupliers Nous fait vite oublier le tumulte citadin Nous dévoile au détour d’une sylvestre pinède Alexandre *** Louer la Chaumière pour des vacances ou une retraite permet de continuer à entretenir ce beau lieu et d’aider l’Ecole à qui appartient ce petit paradis. Merci de transmettre le flyer de description à vos familles et amis. |
En fauchant mon pré ce matin je me disais qu’il est important d’avoir une faux bien aiguisée, car tout s’émousse à l’usage et cela n’est pas sans conséquence : sans une faux bien aiguisée comment l’herbe serait coupée et comment mes lamas seraient nourris ?
Gambaderaient-ils alors avec le ventre creux en donnant de la joie aux enfants et ceux-ci joueraient-ils en laissant éclater leur jeunesse sous les arbres vénérables ?
J’ai compris que tout événement est constitué d’une composition d’états dont un seul est hic et nunc observable , les autres étant comme impliqués en lui et virtuels. Chaque petit geste que j’effectue est composé d’une multitude de “raisons” dont lui-même est la conséquence.
Chacun d’entre-nous est un événement, une actualisation particulière d’une série indéfinie d’états qui demeurent voilés, virtuels dans l’intime de nos cœurs !
Sans l’éclat de la jeunesse montant sous la ramure , sans la joie des enfants et la vigueur des lamas nourris d’herbe fraîche serai-je en train d’aiguiser ma faux pour couper du vert dans la rosée matinale?
Qui aiguise donc notre âme ?
Merlin
Les disciples d’Ibrahim ben Moussa disputaient autour du thème de « l’homme initiatique ».
Takini, un élève influent affirmait sans ambages que l’homme initiatique est celui qui pratique le Zazen alors qu’un autre disciple non moins influent prétendait que seule la sagesse martiale est initiatique. D’autres intervinrent à grand renfort de preuves et de bruits pour dire combien la course en montagne et le pèlerinage étaient à leurs yeux primordiaux.
D’autres encore firent le panégyrique de l’écriture zimaginale et des z’arts sacrés en mettant en avant l’excellence de la beauté.Il y eût même quelques thuriféraires de l’introspection psychologique venant flirter avec l’initiatique.
Bref on ne s’en sortait pas pour définir ce bonhomme initiatique !
Le maître vint à passer. On l’interrogea ; chacun réaffirma ses positions et Ibrahim ben Moussa conclut :
– « Ni-Ni ! »
– »Que voulez-vous dire ? »
– « Ni ceci, ni cela ! »
– « Mais alors » s’exclamèrent-ils tous ?
– « L’homme initiatique est celui qui pratique le Zazen, qui entre dans le combat, qui grimpe en montagne ou pérégrine vers les statues, qui écrit de manière imaginale ou pratique l’art sacré et introspecte les traumas. »
– « Mais alors quelle différence avec ce que l’on dit ? »
– « Celui-ci, quand il parle, a chassé l’ego et ne revendique rien pour lui-même. Il est libre d’intention personnelle et s’est oublié lui-même dans toutes les activités proposées. Il a sombré dans le « yoï » et désormais tout ce qu’il propose ne fait plus de différence car plus rien ne s’origine au moi mais tout vient de Lui. »